Archives de catégorie : Livre

L’Océan au bout du chemin

oceanL’Océan au bout du Chemin de Neil Gaiman

 

J’ai fini ce livre hier; Quand je l’ai refermé, bien calé dans ma chaise longue face au soleil, je me suis rendu compte que j’avais repris mon souffle, comme si j’avais fini le livre en apnée ou du moins essoufflé.

Les livres de Neil Gaiman, c’est souvent comme ça : on croie que c’est léger, que ça ricane, que ce n’est que du récit saupoudré de Lewis Carroll, de vieilles fables anglaises et de peurs enfantines.

Mais c’est aussi une respiration, un traquenard littéraire qui vous emmène là où vous ne pensiez pas aller mais si vous vous y sentez guider avec un délice presque masochiste.

Pour tout dire, malgré l’énorme appétit à vouloir dévorer ce livre, j’ai marqué une pause au milieu du bouquin histoire de….. Je ne sais pas en fait. Peut être parce qu’à ce moment là, j’étais chez mes parents, que le vent soufflait en rafale dans la nuit et que ça craquait de partout. Comme un gamin qui flippe seul dans son lit. Quand on lit Neil Gaiman, on n’est plus un adulte mais un gamin dans un corps un peu plus grand. Comme dirait l’un des personnages du livre « il n’existe aucun adulte dans ce monde ». On n’a pas peur véritablement, juste dérangé, bousculé et sans repère.

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Anthologies et bourdes et autres curiosités de la chanson française

GOOD-FINALE-ANTHOLOGIE-COUVE-09-10-_mC’est encore le genre de petits livres qu’on n’a pas prévu d’acheter au départ mais qui vous fait de l’œil quand vous passez dans les rayons.

Au delà du thème qui s’annonce rigolo pour un après midi sur le canapé, l’ouvrage a eu la bonne idée d’avoir été écrit par Allister, cofondateur et rédacteur d’une revue que je ne saurai que vous conseiller : Schnock

Sur la forme : c’est cartonné, en petit format et bien illustré

Sur le fond : l’auteur dresse un à-peu-près de tout ce qui s’est fait dans la chanson française en terme de bévues, fautes d’orthographe, de grammaire, d’histoire et de bons goûts.

Souvent, on sourit à retrouver les petites choses qu’on avait déjà repéré. Mais ce n’est rien à côté du reste qui est passé comme une lettre à la poste. D’un autre côté la variétoche, c’est déjà pénible… Alors s’il fallait en plus faire une étude de textes.

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Plantes interdites : Une histoire des plantes politiquement incorrectes

planteLes rayons des grandes surfaces sont super bien conçus

Ça tombe bien parce que la genèse de cet article débute aux caisses d’un magasin de jardinage.

Dans ce type de magasin,  alors que vous voilà armé de plants de potager, des pots, un panier pour le chien, on vous colle une dernière envie de dépenser du fric.

C’est ici que nous retrouverons le coin bibelot et verroterie, les bonbons artisanaux, les figurines en plastoc et la librairie.

En général, je lorgne très peu les livres. je ne suis guère attiré par 50 recettes de cupcake, par l’élevage du cocker de Sumatra ou comment soigner ses verrues avec du jus de papaye.

Et pourtant parmi le fatras des revues soldées, des albums de coloriage moches et un almanach de la lune, j’ai trouvé une petite pépite : « Plantes interdites : Une histoire des plantes politiquement incorrectes » (de Jean Michel Groult, Edition Ulmer).

Ne vous arrêtez pas à la couverture pseudo sulfureuse pour se faire une opinion : mon dieu la drogue, les OGM, les barbus recouverts de farine !!!

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Manhattan à l’envers de Peter F. Hamilton

manhattanManhattan à l’envers : Peter F. Hamilton

Editions Bragelonne.


 

Plutôt fan du bonhomme et surtout de ses gros pavés de Space Opéra. J’avais déjà causé ici et de tout le bien que j’en pensais.

Quel ne fut pas ma joie de voir apparaître un recueil de nouvelles chez Bragelonne

Et quelle ne fut pas ma déception..

En préface, l’auteur reconnait ne pas être à l’aise avec le format des nouvelles, préférant le bon gros roman à plusieurs tomes. Et je lui donne entièrement raison

La brièveté des histoires fait ressortir tout ce qu’on peut reprocher à l’auteur en terme de style, de psychologie des personnages. Autant sur un gros roman, cela passe inaperçu, autant sur un format plus court, la lourdeur s’installe très vite…

 

Outre les trois histoires opérant dans l’univers traditionnel de l’auteur, on trouve pêle-mêle une enquête policière dans une uchronie post-victorienne, une réflexion sur le voyage temporel, sur l’immortalité et une dernière dans une Angleterre en crise dont l’intérêt est proche du néant.

Pour les 3 autres, on suit l’inspectrice génétiquement modifié Paula Myo entre trous de vers, manipulateurs du génome et espèce extra-terrestre. Ces histoires font office de bouche trous entre les romans de Pandora et du vide qui songe.

Mais là encore on lit avec des fourmis dans la tête. C’est poussif avec de la longueur.

 

En conclusion : Peter Hamilton est un bon écrivain de pavé mais trouve ses limites dans les histoires courtes

Bref, un ouvrage à éviter que ce soit pour découvrir l’auteur ou prolonger le plaisir en attendant son prochain livre : 5/20

 

 

 

Vortex de Robert Charles Wilson

vortexOn pardonne toujours moins les auteurs que l’on aime d’écrire des livres décevants. Surtout quand l’auteur nous pond des oeuvres qui se placent au panthéon de la littérature SF.

Le dernier livre de Wilson n’échappe pas à cette vindicte. Après un magistral Spin, Un Axis très décevant, Vortex s’en sort tout juste.

Je le répète, ce n’est pas un mauvais livre, il manque juste de souffle, de ce qu’on appelle le « sense of wonder » en SF : un sentiment d’exaltation et de puissance qui vous transporte en imaginant les mondes hypothétiques décrits.

Dans ce troisième tome, nous oscillons entre un futur proche de l’apparition du Spin et une futur lointain alternatif. Je dis bien alternatif car en fin de compte, la cohésion ne passe qu’à travers les récits d’un jeune désoeuvré, résident d’hôpital psychiatrique.

Comme à son habitude, Wilson travaille beaucoup la psychologie de ses personnages et les dialogues s’enchaînent lentement, trop lentement. On lit ce livre comme on regarde passer les trains de marchandise : c’est lent, ça vibre sourdement.

On regrettera que Wilson passe vite fait sur cette humanité future en se contentant de décrire platement son organisation. On a vraiment l’impression que Wilson en a autant marre que nous et qu’il souhaite en finir lui aussi.

Seul la fin du livre s’accélère en s’intéressant aux derniers moments de notre univers où hypothétiques (les machines pensantes) et autres civilisations tentent de survivre à un cosmos de plus en plus froid et de plus en plus vide. C’est plutôt bien fait même si cela a un air de déjà-vu après qu’on ait lu la trilogie de Stephen Baxter « les univers multiples« .

Par contre, Wilson nous offre une conclusion cohérente avec les réponses que nous attendions. C’est déjà pas mal. Mais c’est assez rare en SF pour être souligné.

Cette trilogie n’est pas mauvaise en soit. Elle manque juste de rythme et s’essouffle même si Vortex rebooste un peu le récit. Mais cela reste un peu ennuyeux et il faut s’accrocher. On s’arrête souvent, on passe des paragraphes.

En espérant que Wilson blinde un peu mieux son récit pour le prochain : 4/10

 

 

Est ce que les livres électroniques rêvent de lecteurs humanoïdes ?

« Happy the man, and happy he alone who in all honesty can call today his own;
He who has life and strength enough to say ‘Yesterday’s dead & gone – I want to live today »

 

Il y a un mois, j’ai acheté une Kindle touch.

Ce fut un acte impulsif comme de bien entendu : « oh jolie petite boite qui me fait du pied abandonnée et seule sur un étalage »….

Ce fut aussi un acte qui est l’aboutissement d’une longue réflexion sur mon amour du livre et de la bibliothèque..

 

Remontons brièvement le temps jusqu’à une époque où le pantalon de velours orange côtoyait sans honte le t-shirt UCLA violet et le tricot de peau électrique. J’ai accédé assez jeune au plaisir de la lecture en passant par la case BD. Mon père étant bédéphile, j’ai pu m’enquiller rapido toute l’école franc-belge et même au delà. Levant les yeux sur les étages supérieures de la bibliothèque, j’ai découvert qu’un nombre conséquent de livres s’entassaient sur les étagères poussiéreuses hors de ma portée. Poussé par la curiosité, j’y piochais mes futures lectures au petit bonheur la chance.

De mémoire j’ai commencé par toute une série de bouquins de la même collection, Contes et légendes, qui m’ouvrit les portes de l’imaginaire mythologique à tout jamais.

J’ai ensuite enchainé avec les quelques club des cinq, compagnons de la croix rousse et autre histoires de détectives en culottes courtes.

Je remisais d’autres livres, naturellement moins attiré par le titre, jeune prépubère que j’étais : le banquet de Platon, les onze mille verges d’Apollinaire 🙂

Puis ce fut le reste : Jules Verne, Daudet et autres illustres inconnus dont le nom m’échappe maintenant.

Puis un jour, j’accédais au Graal, le sein des seins : le centre de documentation et d’informations plus connu sous le nom de CDI !!

Pris d’une frénésie de lecture, j’explorais bêtement l’ensemble des livres proposé en partant de la rangée de gauche et en avançant vers la droite. Je lisais beaucoup, même trop vite, sautant certainement des passages pour connaître le dénouement et en comprenant la moitié.

C’est aussi vers cet âge là que je me spécialisais sur certains genres plutôt que d’autres : fantastique, science fiction, sciences, histoire, mythologie. J’esquivais les romans qui ne m’inspiraient guère dans leur description d’un quotidien souvent dramatique.

Seuls quelques vénérables anciens échappaient à cet ostracisme : Jules Verne, Sherlock Holmes, Arsène Lupin qui nourrissaient mon besoin d’évasion.

Grandissant, je n’ai pas décroché de cette envie de lire, assouvissant ce plaisir grâce à l’argent de poche et les bibliothèques municipales. Je m’imaginais prolonger ce plaisir à l’infini comme j’ai pu le décrire dans un article précédent.

Ce fut une de mes plus grandes joies d’adulte que d’obtenir un travail et les moyens de posséder ma propre bibliothèque plutôt qu’emprunter. Me voici préparant ma vision d’une retraite hédoniste, assis dans mon vieux fauteuil en cuir, en peignoir et pipe au bec, entouré de 4 murs garnis de livres, savourant quelque vieux whisky, un malinois assoupi à mes pieux, couché sur une peau d’Ours. L’ennui, c’est que je n’aime pas le Whisky…

Et comme tout amoureux du livre, de l’odeur de son papier, je me voyais mal passer le cap de la dématérialisation de ma bibliothèque au profit d’un rectangle de plastique moche. Mon phantasme so british en prenait en coup : pas terrible une pièce avec quatre murs vides et posées sur une chaise une tablette :  pas facile d’étaler sa culture et de briller en société.

Je continuerai à acheter du bouquin, à les entasser sur de nouvelles étagères, augmentant la taille du camion à chaque déménagement !!!

Et pourtant, j’ai acheté une liseuse…

Et ce pratiquement pour une unique raison, c’est que je refuse de casquer quand il s’agit de lire ou relire les innombrables oeuvres tombées dans le domaine public.

L’année dernière, l’intégralité des Arsène Lupin est devenu disponible gratuitement sur internet. C’est la loi : 70 ans après la mort de l’écrivain, ses oeuvres sont libres. Néanmoins, ça n’interdit pas aux éditeurs de proposer une version papier payante ou même de le vendre numériquement. Néanmoins, personne ne peut s’opposer à leur libre circulation : il en est ainsi des auteurs cités au dessus ainsi que la plupart de ce qui est paru jusqu’au début du 20ème siècle.

Disposant d’une tablette et d’un téléphone, j’avais récupéré quelques livres électroniques pour tester le confort de lecture :

– Sur un téléphone, l’écran est trop petit

– Sur une tablette, on se fatigue vite les bras à tenir la tablette

– Dans les deux cas, il est impossible de lire dehors en plein soleil allongé dans le hamac : trop de reflet.

Voilà pourquoi j’ai acheté une Kindle. J’aurais pu choisir une Kobo de la Fnac ou une autre marque. C’est juste que la Kindle était la seule vendue dans le supermarché du coin. La technologie d’écran étant la même pour tous, je ne perds rien au change

C’est assez déconcertant au départ, l’affichage ressemble tellement à une vraie page de livre qu’on a l’impression qu’ils ont laissé une fausse image de présentation dessus.

La liseuse pèse le même poids qu’un livre de poche et ne craint ni le soleil, ni les traces de doigts. La seule chose négative est le passage d’une page à l’autre : on a une petite latence du fait de la technologie employée, l’encre électronique : pas d’effets de pages qui tourne ou autre fariboles, l’écran se recharge. On s’y fait bien vite au final.

La liseuse permet d’annoter, de rechercher dans un dictionnaire, de lire des mp3, de surfer sur internet ou d’acheter directement ses livres en ligne sur Amazon. J’avoue ne pas me servir de ces fonctionnalités. Je me contente de brancher en usb la liseuse et d’y copier les fichiers des livres.

Par contre, il y a une fonction que j’apprécie grandement, c’est la synchronisation de la dernière page lue. Imaginons que le soir, vous arrêtez la lecture du Bouchon de Cristal (une aventure de Lupin).

Le Lendemain, vous prenez le bus et l’envie de continuer vous prend. Vous lancez l’appli Kindle sur votre smartphone qui vous ouvre le livre à la page où vous vous étiez arrêtée la veille. C’est tout con mais bien pratique.

Voici au moins une manière élégante de faire coexister son amour des livres de toutes les manières que ce soient.

Le grand progrès serait effectivement de faire lier l’achat d’un livre papier avec son utilisation numérique. mais on peut rêver…

 

 

 

 

Des Choses fragiles de Neil Gaiman

Après un excellent livre comme « Nobody Owens« , la meilleure manière de se faire plaisir est de de continuer avec le même auteur. J’ai donc enchainé avec « Des Choses fragiles » qui trainait sur la troisième étagère gauche en partant du haut à côté de la lampe rouge (enfin à peu près).

C’est un recueil d’histoires courtes de longueurs variées mais avec un plaisir constant dans la découverte. Ce sont autant de petits bijoux d’écritures, teintés d’étrangeté, de délicatesse et d’autant de sentiments qui inévitablement vous touchent. C’est souvent effrayant, dérangeant ou tordu mais toujours d’une originalité sans bornes.

L’auteur a de plus pris le temps en début d’ouvrage de raconter l’histoire personnelle de chacune de ses oeuvres, en y glissant encore quelques petits récits de dernière minutes.

Il faut saluer le travail de traduction qui ne gâche en rien la lecture en évitant une patine qui ternit la magie des histoires

Sans aucun nul doute, Neil Gaiman est un des plus grands auteurs anglo-saxons actuels. Et ce livre est une merveilleuse manière de le découvrir.

Il a d’ailleurs encore raflé cette année le prix Hugo de la meilleure histoire courte.

 

L’étrange vie de Nobody Owens

 

Neil Gaiman (Auteur),

Dave MacKean (Illustrations)

 

Il est des événements qui vous gâchent un été : le mauvais temps, une panne de bagnole, la varicelle…

Mais parfois il vous suffit de peu de choses pour vous construire des souvenirs oh combien meilleurs.

En ce qui me concerne, cela s’est concrétisé pas plus tard que ce week-end grâce à la lecture de ce petit bouquin de Neil Gaiman, allongé dans un hamac sous le feuillage d’un arbre.

Je sais bien que le risque d’être déçu était bien faible sachant combien j’apprécie cet auteur par ces livres (American Gods, Anansi Boys), ces scénarios de Comics (1602, The Eternals) ou les adaptations ciné qui on été faites (Coraline, Stardust).

 

Petit apparté d’ailleurs, je viens de me rendre compte en consultant Wikipédia qu’il est marié à la chanteuse Amanda Palmer, que j’apprécie beaucoup aussi !!!

 

 

Ce livre commence par un drame des plus terribles : l’assassinat d’une famille par un tueur sans pitié appelé « le Jack » (ce qui fait penser à qui vous savez). Seul un petit enfant échappe au tueur en trouvant refuge dans le vieux cimetière situé sur la colline avoisinante. Celui ci a traversé les siècles, entre parc naturel, tombes branlantes et vieux caveaux marmoréens à l’architecture ambitieuse. Ce n’est là qu’un des aspects de ce cimetière qui semble posé là depuis que l’Angleterre est une île.

Les habitant vaporeux et fantomatiques du cimetière se chargent de protéger la petite âme sans défense et d’assurer son éducation : Voilà donc le Petit Nobody Owens (du nom de ses « parents » adoptifs) citoyen à part entière du cimetière, privilège qui lui permettra, bien que vivant, de percevoir le monde caché de cet étrange lieu. Protégé par Silas, son tuteur, personnage énigmatique qui sans être un fantôme n’est pas vraiment humain, il va partir à la découverte de ce que le commun des mortels ignore.

En grandissant, il essaiera de connaître le monde extérieur avec plus ou moins de succès surtout que l’ombre du tueur de ses parents rôdent encore, menaçante.

A chaque chapitre, nous suivons le petit garçon (puis le jeune adulte) partant à la découverte de nouveaux habitants plus étranges et farfelues que les autres : un poète maudit, une sorcière brulée, des goules, une vouivre. Même la mort fera quelques apparitions

Impossible de ne pas penser au Livre de la Jungle de Kipling en lisant ce texte : un enfant abandonné recueilli par les animaux de la jungle dont il percera les secrets en grandissant. Dans un style plus macabre mais autant poétique et merveilleux, Gaiman en profite pour sortir du grenier les contes et légendes d’autrefois comme il a su déjà si bien le faire dans American Gods. Si l’histoire se passe de nos jours, jamais la modernité ne montre son nez tellement nous nous sentons hors du temps dans ce monde ou vivants et fantômes cohabitent et dansent même parfois lors d’une nuit unique et rare. C’est aussi une leçon d’histoire sur la manière d’enterrer les morts selon la classe sociale ou les choix de vie (en terre non consacrée).

Si ce livre est classé jeunesse, il est aussi un très bon livre pour un adulte happé dans la lecture avec le même bonheur qu’on peut avoir en lisant Peter Pan ou Alice.

Un petit bijou précieux que cette étrange vie de Nobody Owens…

En plus il est sorti en poche donc ça coûte que dalle.

 

 

Transitions de Iain Banks

 

Voici paradoxalement ma première lecture d’un auteur que j’ai lu pourtant plus d’une fois.

Cet auteur écossais signe ses livres différemment selon qu’il s’agisse d’ouvrages de science fiction ou d’oeuvres littéraires plus réalistes : pour ces derniers, la particule « Mac » s’éclipse. Par contre le prénom avec son « i » planqué reste le même.

Voilà un gars assez doué (à la manière d’un Dan Simmons) pour s’émanciper de la SF et s’aventurer avec brio vers d’autres styles, du moins si l’on en juge par les éloges catalogués sur le quatrième de couverture : « palpitant », « flamboyant », »divertissant », j’en passe et des meilleures.

Donc pour Transitions, Iain Banks s’éloigne de la SF mais pas totalement non plus. On reste dans un registre fantastique et scientifique. Si l’intrigue semble se dérouler sur une terre bien contemporaine, c’est bien dans un multivers infini que nous nous trouvons,  où chaque terre s’est développée avec ses propres subtilités, ses propres guerres et ses propres maux. Si parfois, la différence nous saute aux yeux, elle est aussi discrète qu’une poignée de portes qui change de couleur. Naviguant entre ces mondes, une organisation tente d’influer sur leur destin en y envoyant ses agents : ici on sauve un enfant, ici on tue un milliardaire, ici on glisse une idée… Autant de manières de peser sur les trames des probabilités.

Nous voici donc plongé dans cette agence, le Concern, avec ses guerres internes, ses complots et ses manipulations. Personnage principal du livre, M. Temudjin Oh est un de ces agents, un transitionnaire, chargé de glisser à travers les mondes grâce à une drogue, le Septus. Simple pion à la solde de Mme d’Ortolan une oligarque du Concern, il s’opposera à cette dernière autant par amour que par idéalisme.

Comme tout bouquin de Banks, c’est superbement écrit (et traduit). Le découpage de l’histoire se fait par chapitres (pas vraiment chronologiques) où nous suivons le cheminement des différents personnages : le transitionnaire, le philosophe (un tortionnaire), Adrian un golden boy égotiste et ambitieux.

Cet ouvrage est aussi un pamphlet virulent contre le monde de la finance et les pensées qui honorent le monde de la high society. Les monologues d’Adrian, ces combines de dealer puis de boursicoteur sans scrupules sont autant de révélateurs du mal-être d’une société qui ne survit que par le nivellement.

Banks s’amuse aussi à imaginer des mondes où la menace terroriste principale est chrétienne et généralisée.

Honnêtement, j’ai été plutôt déçu par ce livre. Malgré ces nombreuses critiques dithyrambiques, ce livre reste plutôt conventionnel et ne m’a pas fait vibrer plus que cela : c’est un bon livre de saison dirai-je, nickel pour le hamac.

Il se lit vite et bien. Sans être emballé, on ne s’ennuie jamais. Si Banks traite un thème classique (les univers parallèles), il a le talent d’aborder ce concept à travers ces ambiguïtés : Si les mondes sont infinis, pourquoi le Concern n’a t-il jamais rencontré son équivalent)? Pourquoi ne croisons nous jamais d’univers où les extra terrestres existent?

Cela reste donc un ouvrage très divertissant, cynique, bien écrit et qui fait réfléchir. On a vu pire.

 

 

 

Puits de science fiction

Hier soir, j’ai encore fait chou blanc en recherchent mon bouquin de Benford

Je sais bien qu’on peut le trouver sur le net en cherchant bien mais soit à des prix prohibitifs, soit d’occasion sans l’absolue certitude de ne pas y trouver une crotte de nez coincée entre deux pages, des traces de gras ou autres substance loin des standards de l’impression. Je me résigne à attendre patiemment une réédition comme ce fut le cas pour le tome 4 ou à l’envoi anonyme d’un généreux donateur (on peut toujours rêver).

En cherchant quelques remplaçants à ma frustration, je n’ai rien trouvé de transcendant ou qui titille ma curiosité. On a toujours aussi le risque de ne pas accrocher malgré un résumé aguicheur en quatrième de couverture.

Si vous êtes peu coutumier du genre ou à la recherche d’avis critiques, voici quelques sites en général bien fournis et assez pertinents

Les spécialistes :

Le cafard Cosmique : même si les animateurs du site ont arrêté toute activité pour cause de batterie à plat, il reste une référence incontournable en matière de critiques (1460 au compteur) et de présentation des auteurs. Le forum reste par contre lui très actif mais nécessite de créer un compte.

Actu SF : un vénérable parmi les vénérables : très pointu, ce site ne s’arrête pas à la littérature et explore tous les continents SF : BD, Film et conférences.

Yozone : là aussi, un site généraliste mais offrant pas mal de critiques et dossiers. la mise en page, par contre, est assez rebutante.

Les communautaires : Chacun est libre d’apporter sa pierre à l’édifice de la critique.

Noosfère : beaucoup de critiques, des sites spécialisés par auteurs, une encyclopédie. Il faut faire le tri mais très intéressant.

SciFi Universe : ce portail assez complet sur l’actualité offre aussi pas mal de critiques faites par des membres de la communauté.

Babelio : Site là aussi généraliste permettant à chacun de donner son avis sur un livre, il n’en ai pas moins fourni côté science fiction. Mais là aussi il faut faire le tri sur la pertinence des critiques.

 

Les sites de commerce : un truc tout con, lire les critiques postées sur Amazon, la Fnac et autres. C’est souvent intéressant et bien torché

Et la papier alors?

Le genre regorge de fanzine (galaxies, SF Mag, Géante Rouge) mais un seul vrai magazine existe, Bifrost. Tous les 3 mois, cette revue offre interviews, critiques et nouvelles inédites. On peut s’abonner ou l’acheter à la Fnac, Culture ou autre espace culturel.

Je dédis cet article à Jacques Goimard, qui se casse le c… depuis 40 ans à promouvoir la sf, notamment à travers la collection Pocket SF.

 

 

Epuisante SF

La Science Fiction est un genre mal aimé. Considérée comme de la mauvaise littérature pour un public attardé, elle tente de survivre tant bien que mal.

Pourtant la France a toujours été une terre d’accueil pour la SF. Historiquement notre pays est même l’un des berceaux du genre : Cyrano de Bergerac, Jules Verne, René Barjavel, Pierre Boulle et autres Jeury, Curval et Andrevon. La science fiction anglo-saxonne a été aussi bien accueillie. On peur rappeler par exemple combien les traductions françaises ont souvent été réalisées par de grandes plumes. La traduction par Boris Vian du Monde des Ā de Van Vogt dans les années 50 fut ainsi le début d’un engouement sans faille.

 

Dans toutes librairies, on trouve le rayon SF, en général accolé au rayon policier (autre grande spécialité française) avec les collections biens connues de tous aux tranches reconnaissables : bleue pour J’ai Lu , Grise pour Presse Pocket,etc.

Malgré cette implantation historique, la science fiction est reléguée bien bas par rapport à ces petits copains des autres rayons.

– Jamais on ne parle de science fiction dans les émissions littéraires ou on n’invitera d’auteurs, sauf à citer les quelques icônes qui vont bien : Bradbury, K Dick.

– L’explosion de la littérature pseudo fantasy à l’usage des ados, resucée infinie d’histoires de vampires et autres sorciers ténébreux.

– Les tentatives de récupération d’auteurs français faisant preuve d’originalité en repompant 40 ans de SF américaine (Bernard Werber).

– Un public fan et fidèle mais néanmoins limité (pas plus de 15 000 personnes).

 

Malgré tout, de part l’historique de son implantation en France (et le travail d’éditeurs passionnés), on continue à pouvoir découvrir le meilleur de la SF anglo-saxonne

Par contre, du fait de tirages limités, remettre à plus tard l’achat de tel ou tel livre peut être très dangereux.

Pour mieux illustrer mon propos, je vais vous causer du bouquin que je lis actuellement : il s’agit que du quatrième tome de la saga du centre galactique de Gregory Benford.

Benford, à la fois écrivain et physicien, fait partie du courant Hard science : les descriptions font la part belle à la physique, à la biologie et à l’astronomie. Il fait donc partie de ces auteurs dont le style est très hermétique voir pénible voir chiant s’il n’y avait pas l’originalité du discours. On peut citer Stephen Baxter ou Greg Bear comme autres auteurs du genre.

Le cycle du centre galactique nous convie à suivre l’évolution de l’humanité entre balbutiement, essor et décadence. C’est avant tout le théâtre du conflit entre la vie biologique et la vie mécanique comme seul évolution possible et nécessaire dans le futur. Au final, l’humanité n’est plus qu’une race subsistant parmi les grands, comme des insectes rampants ne méritant pas qu’on s’y intéresse pour les écraser. Benford nous convie à suivre l’épopée de survivants cherchant leur destin en fonçant vers le centre de la galaxie. C’est l’occasion pour l’auteur d’exposer sa vison du cosmos et d’imaginer des formes de vie exotiques.

J’ai commencé à lire les 3 premiers tomes,il y facilement dix ans, lentement mais surement.

Mais quand il me vint l’envie d’acheter le quatrième tome, seul le cinquième était présent dans la rayons. Il était considéré comme épuisé que ce soit dans les librairies physiques ou virtuelles. Frustré, j’ai tenté de le trouver chez des bouquinistes sans plus de succès. Depuis, les livres trônent sur une étagère poussiéreuse et je repense à tout cela quand je les croise du regard.

Et Miracle !!! Le Livre de Poche a édité le livre de nouveau en 2010 et j’ai eu le plaisir de l’acheter l’année dernière. Ayant bien baissé la pile des trucs à lire, j’ai commencé à le lire il y a 3 jours. Bien entendu, j’avais à peu près tout oublié des trois premiers tomes et j’ai du rafraîchir ma mémoire à coup d’internet.

Et maintenant que sa lecture s’est achevée paisiblement allongé sur un hamac, je pensais entamer le cinquième tome aperçu il y a fort longtemps. J’ai eu beau le chercher partout, j’ai du me rendre à l’évidence que je ne l’avais pas acheté.

Et comble du dégout, sur les sites marchands : un seul mot apparaît quand je tente de l’acheter : Epuisé….

Encore quelques années à attendre.

Et le pire dans tout ça, c’est que le dernier tome n’a jamais été édité en France….

Si c’est pas être maso…

 

A travers temps

À travers temps

de Robert Charles Wilson

Denoël


Voici un roman plutôt ancien de Robert Charles Wilson,enfin traduit et édité en France.

Oeuvre de jeunesse, elle n’en demeure pas moins dans la veine des autres livres de l’écrivain, tant par l’atmosphère caractéristique qui transparait que par les thèmes employés.

L’action débute en 1964. Ben Collier vit seul dans un petite maison isolée dans les collines avoisinantes d’une bourgade du nord-ouest des Etats-Unis, Belltower. C’est une petite ville de province comme une autre avec son garagiste, son docteur, son agence immobilière et ses ragots. Ben Collier est discret, solitaire et s’éloigne rarement de chez lui. Il est juste le concierge d’une maison qui sert de tunnel temporel à travers les âges pour les descendants fort lointains de l’humanité. en 1979, un homme du 21ème siècle y fait irruption, tuant Ben Collier.

1989, Tom Wilson, rescapé d’un divorce et d’une dépression prend possession de la demeure, revenant par là même dans le village de son enfance. La maison semble n’avoir jamais été abandonnée sous ses aspects désuets. Et au fur et à mesure que le temps passe, des voix se font entendre dans ses rêves puis dans la vieille télévision.

Tom Wilson, personnage central du livre passe son temps à se fuir : des parents morts trop vite, un mariage et une carrière à l’abandon, il cherche une rédemption en fuyant vers les années 60.

Billy Gargullo fuit un avenir où les catastrophes climatiques sont l’occasion de guerres sanglantes. Parasité par une armure qui fait de lui un surhomme mais le rend dépendant à l’agressivité, il s’enfonce un peu plus loin en 1952 commençant une vie de reclus et de tueurs occasionnels.

Si ce livre est bien un livre de science fiction, il s’ancre dans le présent et dans le passé. C’est un livre sur le déracinement, la solitude et la mélancolie comme Robert Charles Wilson sait si bien le faire, Très descriptif, s’appuyant sur les tréfonds psychologiques de ses personnages, nous sommes happés dans une Amérique qui se cherche, loin de l’American way of life, que ce soit celle des années 60 de Greenwich Village ou de la fin des années 80 à Belltower ou dans  l’Ohio du futur. Les psychoses sont toujours là (la bombe, la pollution), l’avenir semble sans réel intérêt. Toute ces époques ne sont plus qu’une curiosité pour des érudits d’un futur éloigné, de vieilles images jaunies.

Evitant le piège des paradoxes temporels ou l’envie d’en jouer, le récit est au contraire très bien construit et on ne souffre pas de flashbacks intempestifs. Très bien écrit, on se sent très vite en osmose avec les personnages et un sentiment de tristesse nous envahit malgré nous.

Un très beau livre 9/10

 

Changer d’Economie

Changer d’économie – Nos propositions pour 2012

Les économistes atterrés

LES LIENS QUI LIBERENT EDITIONS


Lire un livre d’Economie me rappelle nécessairement mes études (Maîtrise d’éco). Cela me rappelle aussi combien je suis pas mal rouillé dans ce domaine depuis que mes belles années d’étudiants sont passées de l’autre côté de la moitié de ma vie.

Replonger dans l’économie, c’est me donner l’impression que je n’ai pas fait toutes ces études en vain (mon boulot n’a aucun rapport) et que je peux encore me targuer avec une certaine pédanterie que je suis calé en la matière. Force est d’avouer que c’est loin d’être le cas et j’essaie de sauver les apparences comme je peux à coup de lecture difficilement maîtrisée.

C’est un peu le syndrome « je jette pas mes cours de la fac parce que j’aurais peut-être envie de les relire un jour pour faire comme si j’avais toujours le niveau ». L’ennui c’est que le lendemain de la prise de note, j’avais déjà du mal à me relire. Alors 20 ans après….

On veut toujours se persuader que rien n’est définitif et qu’on pourra à tout moment reprendre ses études.

En ce qui concerne ce livre, il m’a fait rudement plaisir. Pas seulement pour son réquisitoire sévère sur les politiques libérales et leur effet dévastateur sur l’économie et le tissu social. Ca m’a rappelé combien j’ai pu aimer Keynes en tant que théoricien et homme. Cela m’a aussi confirmé que les 30 glorieuses n’ont pas été une exception en tant que modèle de progrès social et que leur arrêt n’a été qu’une récupération par une minorité des richesses mondiales. Mais le plus pernicieux est que cette spoliation s’est faite sous couvert d’une idéologie qui a convaincu le plus grand nombre que la dérégulation, l’actionnariat, la flexibilité et la jungle étaient les seuls moyens d’offrir au plus grand nombre le bonheur. Le plus navrant c’est que ce système se tire lui-même une balle dans le pied avec le résultat que l’on sait.

Si l’aristocratie et le féodalisme ont été éradiqué au 19ème siècle, ce n’est qu’au bénéfice d’une classe dirigeante qui s’est servie des théories économiques pour appuyer son asservissement : main invisible, darwinisme social ne sont que des façades théoriques pour nous faire croire que le marché est une loi naturelle divine. Le remettre en cause, c’est être athée.

Deux guerres mondiales et une crise sont passées par là et la balance de la répartition des richesses s’est rééquilibrée. Le contrat social d’après guerre s’est construit autour d’un état protecteur (welfare state) assurant contre les aléas de la vie. L’entreprise encore bien patriarcale conservait les règles du fordisme : un ouvrier bien payé est un ouvrier qui dépense. L’inflation était là, régulant l’endettement et la croissance assurait le renouvellement du système.

Oui mais voilà, les tentations d’augmenter la part du profit pour un plus petit nombre n’avait pas abandonné certains. La crise pétrolière fut l’occasion de rendre responsable de tous les maux un modèle pas si à bout de souffle que ça : trop d’impôt, trop d’état, trop de régulation, trop d’autonomie. L’école de Chicago avec Milton Friedman fournit tout l’attirail théorique qui lamina les économies dans les années 80. La politique de soutien à la demande fit place à la politique monétaire avec la financiarisation de l’économie (endettement public et privé), la mainmise de l’actionnariat sur la gouvernance des entreprises et un chômage de masse permettant de calmer les ardeurs réformistes.

Ce livre nous parle de tout ça : Comment le néo-libéralisme a mis à bas un modèle social jugé incompétent au profit d’un monde où la financiarisation des institutions a fait perdre toute marge de manoeuvre aux états, aux entreprises et aux acteurs économiques. Dividendes plutôt qu’investissement, Rigueur euthanasique plutôt que relance, baisse d’impôts pour les plus aisés plutôt qu’une solidarité dégressive, Service public moribond mais privatisé, ce ne sont là que les éléments les plus marquants de la faillite d’un système.

Et pourtant, on s’entête à nous vendre plus de libéralisme pour guérir de trop de libéralisme en agitant les chiffons rouges habituels : bureaucratie, inefficacité, dirigisme étatique.

Ce livre, c’est un peut tout ça : le constat d’un échec et les moyens de revenir à une société plus juste, plus égalitaire et surtout moins empruntées dans un idéologie qui s’appuie sur les pires sentiments : cupidité, égoïsme et envie.

Le seul regret que j’aurai dans ce livre, c’est que les solutions apportées si elles sont tentantes semblent déconnectées du contexte mondial. Mais c’est une critique bien mince face à un constat bien juste.

 

 Mise à jour 11/04/2012 : l’adresse du site des économistes atterrés : http://www.atterres.org/