Les Enfers Virtuels de Iain Mc Banks

Les Enfers virtuels de Iain Mc Banks

Robert Laffont

En deux tomes pour des raisons d’édition : Il faut lire les deux livres l’un à la suite de l’autre.


Mais quel plaisir de lire ce genre de livres après un Greg Bear si éprouvant.

Nous voici revenu dans la Culture, cette civilisation hédoniste et anarchiste où les humains vivent dans l’insouciance sous l’oeil bienveillant d’Intelligences artificielles, les Mentaux.

 

Pourtant, dans cet ouvrage, nous sommes plus mêlés à des races hors culture plus ou moins avancées technologiquement.

Ce livre qui paraît très linéaire de prime abord nous permet d’appréhender pas mal de questionnements : l’opposition réel/virtuel, la moralité des nos actes ou tout simplement la notion de pérennité de la conscience.

Ce qui frappe avant tout, c’est que les simples individus dont nous suivons les histoires sont totalement soumis aux forces gigantesques qui façonnent les sociétés. Ballotés, utilisés , ils ne sont là que pour être témoins des combats violents et des manoeuvres d’échiquiers inter galactiques.

Le combat qui sert ici de fil conducteur sont les enfers virtuels. Dans ce futur lointain, la mort a été vaincue technologiquement. Chaque individu peut choisir d’être téléchargé dans un substrat virtuel où il passera l’éternité s’il le désire. Les individus sont équipés de lacis neural qui leur permet de se sauvegarder en temps réel et d’éviter ainsi l’oblitération en cas de mort subite.

Mais cette disparition de la mort qui justifierai à elle seule la disparition de la religion embarrasse certaines civilisations pour qui la morale ne peut reposer que sur celle-ci et notamment son au-delà le plus tragique : L’Enfer. Si celui-ci n’existait plus, ce serait la fin de la cohésion sociale, les gens n’étant plus soumis à un jugement dernier.

On retrouve ici l’argument comme quoi il n’existe pas de morale en dehors de l’existence de la religion. Les chapitres qui décrivent ces enfers n’ont rien à envier à des peintures de Jérome Bosch. Les tortures et supplices décrits dans le livre sont d’un raffinement extrême où chaque individu broyé, dépecé, brulé vit une éternité de supplice pour le « bien » d’une société bien réelle.

Cette pratique est la cause d’une guerre larvée entre Pro et anti enfers au travers d’autres univers virtuels où des soldats désincarnés se battent sous divers formes. Les Antis, sentant qu’ils sont en passe de perdre la bataille joue leur va-tout en essayant de déplacer le conflit dans le réel et d’annihiler physiquement les lieux de stockage de ces enfers.

Au milieu de ce cauchemar, nous suivons le destin d’individus qui sont plus des pions qu’autre chose.

Lededje Y’brecq, est une esclave d’un richissime homme d’affaires, Veppers, de l’Habilitement Sichultien. Marquée à vie par des tatouages complexes, elle est un paiement pour dette d’une famille déchue. Egocentrique, violent et tyran sans bornes, Veppers traite Lededje pour ce qu’elle est : un objet de luxe, symbole de sa puissance. Ne supportant plus d’être violée et maltraitée, Lededje s’enfuit mais est rattrapée et tuée. Mystérieusement elle se retrouve ressuscitée à bord d’un vaisseau monde de la Culture, le VSG Sens dans la Démence, Esprit parmi la Folie. Saisissant cette chance et les possibilités infinies de son protecteur, elle cherche par tous les moyens à retourner chez elle pour tuer Veppers.

Vatueil fait partie de ses soldats tués et ressuscités maintes fois dans ces guerres entre Antis et Pros Enfer dans des mondes désincarnés et délirants. Réduits à sa plus simple essence, Vatueil n’arrive plus à savoir ce qui reste de réel en lui.

Yime Nsokyi travaille pour la Culture, dans le cadre de Contact et plus précisément de Quiétus, la branche chargée de gérer les relations avec les mondes virtuels. Craignant un embrasement du conflit, elle est envoyerenquêter à la frontière d’autres civilisations , le Reliquariat de Nauptre (pro enfers) et la Fédération Culturelle Géseptienne-Fardésile. Celles-ci contrôlent le Disque Tsungariel, une espèce de conglomérat de « Fabricaria » pouvant construire rapidement des centaines de millions de vaisseaux spatiaux. RDN, FCGF, Sichultien, tous tentent de tirer profit du conflit pour gravir des échelons dans l’échelle galactique.

Prin et Chay, deux Pavuléens ont volontairement rejoint l’Enfer de leur monde pour témoigner des atrocités qui y sont faites.

 

Moralité : tout le livre tourne autour de ce concept.

Une société peut elle être morale sans l’existencet d’un châtiment post Mortem?

Peut-on juger de la moralité d’une autre société sans être taxé d’ethnocentrisme. Pouvons nous de même intervenir si cela entraine des entorses à notre propre morale. Bizarrement, la récente polémique sur les civilisations qui secouent le cénacle politique trouve un écho dans ce livre

 

Autre moment fort abordé dans ce livre: qu’est ce qui fait l’essence de notre personnalité?

Personnage sauvegardé, ressuscité, transformé, amélioré, dupliqué, que reste t-il de l’essence même de l’individu? Malgré toute ces prouesses technologiques, la mort est toujours présente. Un individu qui ressuscite n’est pas le même qui celui qui meurt.

 

En fait, les personnages les plus humains de ce livre sont les mentaux des vaisseaux spatiaux, notamment Demeister, l’avatar du « En Dehors des Contraintes Morales Habituelles« . Excentrique, gamin, énervant, disposant d’une force capable de balayer des armadas entières, il reste quand même un vaisseau de la Culture qui cache sous une fausse nonchalance, les visées interventionnistes de notre super civilisation.

Vous l’aurez compris, c’est un très bon roman, formidablement bien écrit, lisible et fluide et plein d’humour. Sous son côté Space Opéra, c’est un formidable moment de réflexion

Et paf :  8/10

 

 

 

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